Jean-Claude Pascal, de son vrai nom Jean-Claude Roger Henri Villeminot, né à Paris le 24 octobre 1927 et décédé à Clichy-la-Garenne le 5 mai 1992, est un acteur et chanteur français. Il s’est volontairement engagé à 17 ans (en 1944) dans la 2e Division blindée avec laquelle il pénètre dans Strasbourg encore occupée. Jean-Claude Pascal a reçu la Croix de guerre ; il était aussi Commandeur des Arts et des Lettres et Chevalier de la Légion d’honneur.

Issu d’une famille d’industriels du textile qui l’obligera à changer de nom (pas de saltimbanque dans la famille !), Jean-Claude Villeminot commence sa carrière professionnelle, juste après la Seconde Guerre mondiale, comme styliste d’abord chez Hermès, puis pour les couturiers Christian Dior et Roger Piguet ; il devient aussi modèle du fait de son physique avantageux. Il met ensuite ses talents de styliste au service du théâtre, en dessinant des costumes, notamment pour la pièce Dom Juan de Molière mise en scène par Louis Jouvet. Très vite, se sentant appartenir au monde du théâtre, il décide de devenir comédien et, après avoir suivi les cours d’art dramatique de René Simon, il fait ses débuts sur les planches en 1949, aux côtés de Pierre Renoir d’abord, puis de 1950 à 1952, dans La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, il est le partenaire de la grande Edwige Feuillère, remarquable découvreuse de talents - et de beaux garçons (elle repèrera par la suite Alain Delon). C’est alors qu’il prend le nom de Jean-Claude Pascal.

Grand, élancé, le regard ténébreux, une diction classique héritée de sa formation de comédien de théâtre, Jean-Claude Pascal est le type même du séducteur romantique qu’affectionnait le cinéma français des années 1950.

JCP fait partie des acteurs les plus méprisés par la critique française car il fut de ce cinéma populaire assassiné par la Nouvelle Vague, et il est aujourd’hui oublié du public car absent des commémorations médiatiques qui célèbrent toujours les mêmes têtes d’affiche, en général cautionnées par cette même critique ou cantonnées dans la comédie, malgré sa reconversion réussie dans la chanson.

Pourtant JCP fut une idole du grand public - cela justifie d’ailleurs largement le mépris dont il est l’objet, au nom de la sacro-sainte notion d’auteur. En effet, les metteurs en scène populaires qui le dirigèrent (les Ralph Habib, Léonide Moguy, plus tard Pierre Gaspard-Huit, un des directeurs préférés de Bardot, récemment disparu) sont pour la plupart ignorés par les historiens du cinéma ou dénigrés (Guinguette de Delannoy est jugé « soigné mais impersonnel » et Les Arrivistes de Daquin « conventionnel » par le Dictionnaire du cinéma français publié aux Références Larousse. Il faut reconnaître - et JCP le faisait volontiers - que, malgré des collaborations intéressantes avec Astruc ou Schoendorffer, l’acteur se contenta souvent de « vendre sa gueule » comme il le disait lui-même.

Partenaire d’Anouk Aimée, des « scandaleuses » Françoise Arnoul et Martine Carol, de Zizi Jeanmaire, de Bardot débutante, des bombes italiennes Gianna Maria Canale et Gina Lollobrigida (avec cette dernière dans le pire film de Robert Siodmak…), de Romy Schneider et Michèle Mercier, mais aussi de Maria Mauban, Renée Saint-Cyr, Pascale Roberts, Anne Vernon ou encore Madeleine Robinson, toutes des gloires du cinéma français traditionnel, le beau Jean-Claude doit d’ailleurs son premier succès (sur les planches) à une femme, et pas n’importe laquelle : Edwige Feuillère !

Décoloré en blond pour sa première apparition au cinéma dirigée par le vétéran Raymond Bernard, il arbore un profil de médaille stylisé, jeune premier idéal, prince charmant rêvé, nouveau Tristan de l’écran… Le débutant incarne le prince Albert de Bavière, personnage repris ultérieurement par Delon. Ce mirage en rappelle quelques autres, comparable par exemple à l’irruption de Terence Stamp dans le cinéma britannique dix ans plus tard.

Le jeune homme perce dès son quatrième film, Un grand patron d’Yves Ciampi, grand succès dans les salles, où il s’affronte au monumental Pierre Fresnay ; Pascal appartient alors à la catégorie « bogosse » façon Philippe Lemaire qu’il croisera sur au moins deux films ; dans la distribution figure également Maurice Ronet (qui en est à son deuxième film), autre alter ego possible et redoutable rival potentiel dans la catégorie « jeunes loups »…

Par ailleurs, dès ces premières années, JC est confronté à un terrible miroir vieillissant, lorsqu’il rencontre certains jeunes premiers des années trente : Jean Marchat en premier lieu, puis Jean Murat ou Jean Servais, voire au toujours populaire Fernand Gravey qui se maintient grâce à une redéfinition totale de son personnage (Le Plus Heureux des hommes de Ciampi).

La reconnaissance critique vient également très vite, grâce au moyen métrage d’Astruc Le Rideau cramoisi, son seul rôle qui le sauve aux yeux des historiens pointilleux du cinéma et qui exprime avec bonheur la tendance cynique de sa personnalité.

Le costume historique sied à merveille à un JCP romantique en diable, doué d’un charme volontiers canaille et non dénué de fantaisie. Après Le Chevalier de la nuit, sur un scénario et des dialogues de Jean Anouilh, l’acteur incarne Milord l’Arsouille puis un délicieux homme objet dans Un caprice de Caroline chérie - le caprice, c’est lui ! Il prête aussi sa distinction au supposé amant de Marie-Antoinette, Axel de Fersen, dans Si Versailles nous était conté de Sacha Guitry, et dans une production plus tardive au tsar Alexandre Ier.

Interprète idéal de Barbey d’Aurevilly (Le Rideau cramoisi) et de Honoré de Balzac (Les Arrivistes d’après La Rabouilleuse), JC semble abonné au romanesque puisqu’on le retrouve dans des adaptations de Pierre Loti (Pêcheur d’Islande où l’acteur « s’y croit un peu, en loup de mer barbu » selon le critique Aurélien Ferenczi) et de Guy Des Cars (La Châtelaine du Liban). Les scénarios de certains de ses films sont cosignés par Jacques Companeez ou Pierre Lary

Au fil des tournages, JCP fréquente la fine fleur de l’actorat : le comique italien Toto et Simone Simon, Erich von Stroheim, Arletty, Yves Robert, Danielle Darrieux, Jeanne Moreau alors en pleine ascension, Juliette Gréco qui fut un temps l’épouse de Philippe Lemaire, Paul Meurisse, Raymond Rouleau, Roger Hanin, Charles Vanel auquel il succède dans Pêcheur d’Islande, Annie Girardot, Valérie Lagrange…

En revanche Pascal participe rarement à des productions étrangères. Tout juste figure-t-il dans quelques films italiens et dans Opération Opium signé par Terence Young, réalisateur des premiers James Bond.

Sorte de Robert Taylor français, JCP, contrairement à son homologue américain, n’échappera pas au piège de sa beauté. Cet acteur verlainien aurait pu aussi bien jouer les dandys décadents chez Vadim ou Bunuel, comme d’autres comédiens blacklistés par la Nouvelle Vague tels que Robert Hossein, Jean Sorel et Georges Marchal. Au lieu de quoi il finit en eunuque gardien de harem dans le dernier épisode de la série Angélique - dans le roman d’Anne Golon, son personnage est noir, obèse et totalement féminisé ! Le dernier film de Pascal date de 1969.

Au crépuscule de sa carrière au cinéma, JCP possédait un physique proche de celui de Jean-Pierre Aumont mais il n’aura pas la chance de travailler avec Truffaut ou Duras. On peut déplorer l’absence d’adieux dignes de ce nom. Au moins Delon sur le tard a eu la chance d’interpréter le baron de Charlus et Casanova, deux figures opposées et proches à la fois, aussi éloignées du Pascal ressassé par les producteurs qu’elles étaient proches peut-être de ses aspirations profondes voire refoulées. On imagine aussi fort bien l’ancien caprice de Caroline reconverti dans une saga façon Les Grandes Familles ou Les Rois maudits, deux romans de Maurice Druon…

En homme de ressources, Jean-Claude Pascal opèrera deux reconversions réussies : troubadour puis homme de lettres. Comme chanteur, il participera à deux reprises au concours Eurovision de la chanson en 1961 pour le Luxembourg où il remportera le 1er prix avec le grand succès de l’époque « Nous les amoureux » et vingt ans après, pour le Luxembourg toujours avec « C’est peut-être pas l’Amérique ». Comme écrivain, il débutera avec les mémoires de rigueur (Le Beau Masque) écrites cependant de sa main propre (le fait n’est pas courant !) et poursuivra avec, selon l’expression de Jean Tulard, des « ouvrages historiques de qualité » - ainsi La Reine maudite, biographie de Marie Stuart, lui a demandé cinq années de travail.

Là encore, la reconnaissance de la critique élitiste tarde puisque le Dictionnaire du cinéma français Larousse mentionne à peine le fait, tandis que l’article consacré à Jean-Pierre Aumont, déjà auréolé de ses rôles au cinéma, est enrichi d’une bibliographie complète. On a la carte ou on ne l’a pas…

La télévision et le théâtre lui vaudront encore quelques succès. Pascal s’illustre notamment dans le feuilleton Le Chirurgien de Saint-Chad réalisé par Jean Siegrist, avec Françoise Christophe et Jacques Dumesnil, et dans la pièce Adieu Prudence de Leslie Stevens, adaptée par les incontournables Barillet et Grédy, réalisée pour la série Au théâtre ce soir par Pierre Sabbagh avec de nouveau Françoise Christophe. Il a également touché à la mise en scène - avec succès - pour Bérénice à l’auditorium Maurice Ravel de Lyon en 1982.

La sortie du Beau Masque vaut à JCP des critiques flatteuses et un regain de faveur auprès des médias populaires - l’oeuvre sera d’ailleurs publiée en larges extraits dans le magazine Nous Deux. A la suite de quoi, un journaliste de Télé Star (septembre 1986), H.B. (?), se rend chez l’acteur-auteur pour un entretien, disons mitigé. Avec une ironie subtile, l’auteur aux initiales peint le portrait d’un homme aux prétentions démesurées. Il ressort de l’entrevue (pour qui apprécie Pascal) une impression de grandeur. L’homme est redevenu le grand bourgeois qu’il avait cessé d’être lorsqu’il s’est tourné vers les arts vulgaires.

Son comportement aristocratique lui donne des airs viscontiens, évoquant Le Guépard ou mieux le professeur à la retraite de Violence et Passion. En comédien consommé, Pascal pose en intellectuel blasé, lucide et hautain, conscient de sa valeur (cela ne pardonne pas), jaloux de sa vie privée (tout juste a-t-on appris par un Omar Sharif hilare chez Drucker qu’il doit sa première incursion dans le cinéma occidental à Jean-Claude : celui-ci l’avait choisi sur photo, « [l]’ayant trouvé à son goût », pour participer à La Châtelaine du Liban), drapé dans son orgueil blessé.

En matière d’auto-protection, la carapace de Jean-Claude Pascal évoque davantage la rudesse du crocodile que la souplesse du guépard… Toujours selon H.B., la star ringardisée se montre peu douée pour l’humour (cela est différent lorsqu’il est interviewé par l’amical Jean-Dominique Boucher pour Ouest France en juin 1988). Mais si JCP ne sourit pas, il sait montrer les dents au journaliste jugé indélicat.

Désormais le masque s’est fait mélancolique (aujourd’hui Bernard Giraudeau, dans Les Marins perdus par exemple, se rattache à sa lignée) voire dur.

Après des débuts musicaux très remarqués, en 1958, autour de chansons telles que Soirées de prince de Pierre Delanoë, Jean-Claude Pascal a un succès retentissant dans la chanson en 1961, en remportant le Grand Prix de l’Eurovision, pour le compte du Luxembourg, avec le titre Nous les amoureux. Il représentera à nouveau le Luxembourg au concours de l’Eurovision vingt ans plus tard, en 1981, avec la chanson C’est peut-être pas l’Amérique.

Chanteur de charme polyglotte, il enregistrera au cours de sa carrière plus de 50 albums, et connaîtra le succès dans de nombreux pays. Sa voix suave et profonde lui permet de servir une interprétation sensible de jeunes auteurs d’alors, tel Guy Béart, Serge Gainsbourg, Guy Bontempelli, Jean Ferrat, ou encore Bernard Dimey dont il est l’interprète « le plus pertinent » (Quarante ans, Chanson pour terminer, Le Roi lune, J’ai cinquante ans ce soir). En 1962, il obtient le prix de l’Académie Charles-Cros. En 1967, il reprend avec succès en Allemagne - et en allemand - le tube international de Pascal Danel Kilimandjaro. Il ralentit sa carrière de chanteur à partir des années 1970, pour reprendre du service en tant qu’acteur, principalement dans des productions télévisées et au théâtre – notamment Adieu Prudence de Barillet et Grédy, aux côtés d’Alain Feydeau et Françoise Christophe. Il enregistre un dernier album de chansons en 1983, dont la plupart des textes furent rédigés par Gilbert Sinoué, devenu écrivain depuis. À partir cette époque, il ne se consacrera plus qu’à l’écriture.

Modification faite par rockxxz le 9 sept. 2010, 1h15m

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