Biographie
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Apparus sur la scène underground du début des années 80, ils ont durablement marqué la musique pop britannique, avec ce mélange de mélancolie, de féerie et de légèreté qu’on leur connaît. On a d’ailleurs parlé, à leur propos, de dreampop ou dream rock, termes assez vagues qui désignent toute une frange du rock indépendant des années 1980, voire 1990, à voix éthérée et principalement féminine. C’est donc en toute logique que la chanteuse des Cocteau Twins, Elizabeth Fraser, alias « Liz », fut considérée comme un modèle du genre.
Sa voix très facilement identifiable fut rendue célèbre par sa collaboration avec Massive Attack, sur trois morceaux de l’album Mezzanine de 1998, dont, notamment, « Teardrop ». La magie des vocalises de Liz est d’ailleurs encore accentuée par sa technique personnelle de « paroles inventées », dont l’appellation familière de « yaourt » ne saurait en aucun cas rendre compte de l’élégance recherchée par cet organe peu commun, comme en témoigna sans ambage la critique rock anglaise, pourtant peu encline à verser dans le compliment facile, lorsqu’elle intronisa Liz « The Voice of God ».
Durant les années 1980, les Cocteau Twins ont constitué l’un des fers de lance (avec d’autres groupes, tels Dead Can Dance, This Mortal Coil, Pixies ou Throwing Muses) du label indépendant anglais 4AD, l’un des plus influents de l’époque.
Entre 1982 et 1996, le groupe a sorti une dizaine d’albums, plus inégaux vers la fin de leur carrière, ainsi qu’une quinzaine d’ E.P.’s (maxis 45 tours), contenant la plupart des titres inédits.
Le premier album, Garlands (« guirlandes », c’est-à-dire « ritournelles »), en 1982, reste marqué par les influences Joy Divisionesques du groupe. Ce résultat de trois années de répétition préalables de lapart du bassiste et du guitariste évoque assez l’ambience et le style de Siouxsie and the Banshees (notamment dans Juju), et l’image de couverture, représentant un foudroyé sur fond de bâtiments nocturnes désaffectés, rappelle avec force l’aspect tragique et psychanalytique des thèmes récurrents de la Cold Wave.
Les textes sont à forte connotation mystique et émotionnelle, et la logique des propos reste occultée à dessein par les formules allusives et énigmatiques d’un lyrisme introspectif caractéristique de nombreuses formations britanniques de l’époque.
Il est à noter que l’album fut enregistré en deux semaines seulement et que Liz Fraser n’avait encore que seize ans. Boîte à rythme impeccablement programmée, basse cold wave très élaborée de Will Heggie et guitare sidérale choyées par Robin Guthrie, caractérisent cet opus plus proche de l’O.V.N.I. que de la galette. Il s’accompagne sur la plupart des rééditions CD de l’ajout de la première Peel Session, ainsi que du 45 tours « Speak No Evil / Perhaps Some Other Aeon ». Conséquence : l’album seul sur CD constitue normalement une rareté.
Il précède la sortie d’un maxi étonnant, « Lullabies » (« berceuses »), paroxysme de l’expérimentation sonore des Cocteau Twins en matière de Cold Wave. Peu après, la production insiste pour éditer un autre maxi, mais le groupe dispose alors de bien peu de nouvelles compositions, ce qui explique la teneur quelque peu décousue de « Peppermint Pig », aux aveux mêmes du groupe. On note qu’à l’époque, ces parutions énergiques au son lourd et à l’atmosphère opaque incitèrent d’aucuns à penser que les Cocteau Twins pouvaient évoluer vers une musique rythmée - ce dont l’oeuvre de X-Mal Deutschland peut nous donner une idée. C’était sans compter sur la volonté récurrente du groupe de renouveler, à chaque nouvelle création, les éléments constitutifs de son style et de ses ambiences.
Will Heggie quitte le groupe après une tournée européenne éprouvante (un live à Amsterdam fut d’ailleurs édité). Dans le second album, Head over Heels, sorti en 1983, c’est donc le guitariste qui assure la performance pour les lignes de basse. Cet album « néo-romantique », comme aimaient à le dire les afficionados de musique décalée dans les années quatre-vingt, approfondit encore et amplifie l’ambience annoncée par « Peppermint Pig ». Il constitue ainsi un premier jalon d’importance dans la définition de ce que sera, outre le son très personnel des Cocteau Twins, le cadre d’investigations sonores d’un éventail de groupes et de styles - tels la noisy des Cranes ou des Charlottes entre autres, sans parler des Craneberries.
Cet opus magistralement orchestré s’accompagne du maxi « The Sunburst and The Snowblind », dont « Because of Whirl-Jack » semble répondre, par son énergie, à l’étonnant « In Our Angelhood » de Head over heels.
Le troisième opus, Treasure, sorti en 1984, constitue le véritable manifeste du groupe, à la fois pop et gothique.
Le troisième maxi, « The Spangle Maker », élargit lui aussi nettement le public des Cocteau Twins, cristallise leur succès autour d’une ambiance éthérée et surannée, tout en préparant déjà l’arrivée des trésors ultérieurs.
Le succès du groupe semble être plus discret de 1985 à 18987, ce qui tient peut-être en partie aux formats de diffusions adoptés.
En effet, pour commencer, 1985 est l’années des maxis 45 trs : Aikea-Guinea (1985) honore le public de ses « planantissimes » Kookaburra ou encore Rococo (un instrumental épique), baignés d’une ambience de sérénité encore jamais atteinte par le groupe.
Tiny Dynamine (1985) ou Echoes in a Shallow Bay (1985) sont à signaler comme un progrès renouvelé dans cette quête artistique, si bien que leur réédition sous la forme d’un CD unique constitue certainement un must pour la bibliothèque personnelle de nombre de fans.
Puis Victorialand, perle de 1986, et The Moon And The Melodies la même année, en collaboration avec le pianiste ambient californien Harold Budd, confirment avec discrétion la ligne artistique inventive et élégante de la formation, dont les membres n’hésitent pas à naviguer en solo. C’est le cas notamment de Liz, et l’on se souviendra de sa collaboration auprès de camarades de chez 4AD, au sein du projet collectif This Mortal Coil, lorsqu’elle entonne d’affilée deux reprises de Modern English (dont la fameuse « 16 Days »), dans leur ordre d’origine. On sera frappé alors de ses capacités vocales exploitées dans un registre inhabituel pour la reprise de « The Song to The Siren ».
Ces excursions vers des éditions de petit format et la composition de plus en plus collective ou alternative du groupe semblent semer un doute, tout au moins en France, sur le devenir des Cocteau Twins et la continuité ou non de leur carrière aux étapes captivantes.
Blue Bell Knoll, en 1988, et Heaven or Las Vegas, en 1990, rapprochent le groupe d’un public plus large qu’auparavant. On note que nombre de groupes d’alors entament une évolution rapide. C’est le cas de Xymox, qui choisit l’électro-pop (non-minimaliste), tandis que des groupes de tendances plus « bruitistes » abordent sans complexe les univers radicaux de l’industrielle, de la « techno » (commerciale, à ne pas confondre avec la « techno(-logique) » des groupes électro-new wave français, belges ou allemands de 1985 à 1990 environ), ou du métal.
Après Heaven or Las Vegas, les Cocteau Twins quittent le label 4AD pour signer sur une major (un gros label, à plus large diffusion). Ils sortiront deux albums : Four-Calendar Café, en 1993, et Milk and Kisses en 1996.
Plusieurs compilations existent, la plus récente étant Stars and Topsoils (2001).
Modification faite par bertrand-escaff le 16 oct. 2011, 9h50m
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