Biographie

Si on demandait un jour à la plupart des musicos américains l’influence qu’a eu sur eux les chansons d’Al Green on serait sûrement étonné de l’incroyable consensus généré. Encore maintenant, Al Green est toujours présent dans les chansons, du rap au R’n’B en passant par la pop et le rock. C’est peut-être dû à cette manière bien particulière qu’il a eu de mélanger soul music et gospel (même si, quelque part, cette affirmation est une redondance), à moins que ce ne soit dans cette manière de mêler Dieu à la musique, la sensualité la plus exacerbée au blues le plus sanglotant, le funk le plus suavement transpirant à un sérieux rigide et propre. Toujours est-il qu’Al Green est un véritable monument, surtout aux Etats-Unis. Il a même tout du concept si convoité de « héros » : référence paternelle ou maternelle qu’il s’agit de démolir pour mieux y revenir. C’est Œdipe à lui tout seul, Al Green. Peut-être que Freud était branché soul funky stuff ? Allez savoir.

Quoiqu’il en soit, à l’instar d’un James Brown ou d’un Stevie Wonder, Al Green est un « héros » encore vivant et bien vivant au vu de son dernier disque « Everything’s Ok » sorti en 2005 (c’est lui qui le dit). Le révérend Al Green va bien puisqu’il officie maintenant dans sa propre église où il chante et dirige les gospels tous les dimanche tout en assurant la promo de ses productions. Il s’en explique : « je vais dans mon studio d’enregistrement et j’enregistre ce que j’entend dans mon âme et mon esprit. Après, je sors dans les rues et j’essaye de chanter ce que je viens d’enregistrer et encore après, je reviens à l’église et j’essaye de prêcher ce que j’ai entendu dans les rues quand je chantais ». Logique et enchaînement imparable pour tout soul man ! Faut avouer aussi que la carrière d’Al Green commence assez tôt, à 9 ans plus exactement. A cette époque, c’est à dire en 1955, lui et sa famille habitent dans l’Arkansas. Al intègre déjà un quartet de gospel, The Green Brothers, et sillonne le sud des USA en invitant le public à frapper des mains et à s’ouvrir aux lumières du ciel. Mais hélas, sa famille quitte l’Arkansas pour le Michigan et Al est obligé de quitter le groupe. Remarquez, ça tombait plutôt bien vu que le père d’Al le surprend en train de…d’écouter Jackie Wilson ! Blasphème ! Jackie Wilson, pour ceux et celles qui ne le savent pas, c’était celui qu’on surnommait « le Presley noir », chanteur de rythm’n’blues qui a su faire la transition entre le fifties version Fats Domino et le sixties version Otis Redding grâce à sa voix haut perchée. Donc : blasphème qui tombe bien et Al Green fait sagement sa scolarité. Mais à 16 ans, il n’y tient plus et forme avec des potes de bahut un groupe de rythm’n’blues, les Al Green & The Creations (lesquelles « créations » deviendront par la suite les Soul Mates). En 1968, ils enregistrent une chanson « Back Up Train » qui devient presque immédiatement un tube, arrivant en 5e position dans les charts américains ! Les Soul Mates quittent Al Green et essayent d’entamer une carrière solo mais feront un bon flop. Ce qui n’est pas le cas pour Al Green.

Il rencontre en 1969, le producteur Willie Mitchell de la maison Hi Records qui hallucine sur sa voix et son style. Il le fait signer tout de suite et lui permet de sortir son premier disque solo Green Is Blues en 1970, sorte de « pierre d’achoppement » de la soul music où résonnent déjà dans le lointain la jonction psyché-funk des seventies. S’en suit “Gets Next To You” en 1971 et surtout « Let’s Stay Together » en 1972, album qui marquera l’entrée d’Al Green dans le «panthéon Motown/Tamla » (même s’il est toujours chez Hi Records). Avec « Let’s Stay Together », le chanteur-révérend va tout casser dans les charts ! Le duo Mitchell-Green atteint ici son apogée, surtout avec des titres comme « How Can You Mend a Broken Heart », le bluesy « It Ain’t No Fun to Me » ou encore « I Never Found a Girl » qui a valeur de témoignage de la difficulté pour un homme à trouver la femme rêvée (alors qu’on pense souvent que c’est le contraire). Bref, Green est sur les rails, on his way, et il enchaîne avec « I’m Still In Love With You” en1972 (très représentatif de son travail) et avec “Call Me”(1973).

En 1974 et alors qu’il est au top de sa popularité, son ancienne petite amie Mary Woodson refait surface dans sa vie, et comment ! Enivrée d’une secrète et profonde colère, elle s’introduit discrètement dans sa maison de Memphis et profite qu’il soit en train de se relaxer, allongé sur son divan, pour lui jeter au visage une bassine d’eau bouillante qui le brûle au second degré ! Toujours avec calme, elle sort un flingue de son chemisier et se tue en direct ! De cet épisode digne d’un Brian de Palma, Al Green y verra un signe de Dieu, le signe précisément qu’il se doit de rentrer dans les ordres. C’est ce qu’il fera. En 1976, il devient Pasteur du Full Gospel Tabernacle, une église pentecôtiste (une branche du protestantisme) à la suite de quoi il arrête de travailler avec Mitchell et monte son propre label et sa propre production. Encore maintenant, il fait sa sauce à sa manière et vu le sourire qu’il arbore on veut bien croire que « Everything’s Ok ».

Modification faite par ratatatatame le 7 mai 2007, 8h35m

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